Les concerts commencent dans un peu plus de deux semaines et j'ai à chaque instant la voix qui se noue, qui se blottie au fond de ma gorge et qui me crie qu'elle ne veut pas se faire entendre. J'ai ma guitare contre moi, et elle joue seule. C'est comme si je n'avais plus de force. C'est que je sais aussi que cette année, je ne pourrais plus espérer des croisades. Je chanterai pour elle, je réécrirai la musique, j'en ferai toujours d'autres parce qu'aucune ne convient. J'ai Nice et Cannes qui chantent dans ma voiture mais il n'y a plus la petite soeur qui danse en courant dans l'eau froide. Il n'y a que des souvenirs lointains qui n'existeront plus jamais. Si seulement elle s'en souvenait, mais je crois qu'elle les a effacés avec le reste, avec moi.
Il n'y a plus aucune substance à tenir au creux des mille doigts que j'ai frôlés.
J'ai l'Afrique qui m'a renvoyée d'où je venais. Je ne suis pas rentrée avec les autres le 6 Novembre, on m'a ramené bien des mois après. Je me demande si les pensées que j'avais chaque jour, chaque instant n'étaient pas une douleur que je peinais à cacher, que je peinais à taire, inépuisable. Je crois que graver les choses m'ont aidé à reprendre ma vie d'avant, bien que je ne l'ai pas forcément choisi, c'est peut-être mieux ainsi; même si aujourd'hui encore je craquais sur une italienne qui s'envolait pour le Kenya, pour Nairobi et les courses de 4x4. Elle me rattrapera toujours. Et j'en serai heureuse à chaque instant.